« La grande dictée » : le texte de la dictée adulte

Tintin au pays de… l’orthographe !

Louée sois-tu, ô Belgique, d’avoir conçu Tintin ! Les amateurs de menhirs peuvent toujours s’aligner : aucun druide, aucune potion magique ne saurait nous faire oublier les quelque seize cents pages qu’a arpentées le célèbre gazetier aux cheveux carotte… Tour à tour, nous fûmes l’égyptologue traquant les sarcophages et les macchabées momifiés ; l’humble coolie qui plie sous le faix pour quelques piécettes extrême-orientales ; le sherpa tibétain sur les traces du yéticette espèce de pithécanthrope pourvu d’un cœur tendre. Combien, en outre, se sont laissé gagner par le syndrome du collectionneur, révérant plus que de raison des albums à demi décrépits, entassant pêle-mêle les talismans qui font partie du culte : ici un fétiche à l’oreille ébréchée, là l’épeire diadème ou le sceptre du roi transylvain ?

Mais Tintin, c’est avant toute chose une flopée de personnages hauts en couleur qui, aujourd’hui encore, ne cessent de nous interpeller (ou interpeler): le capitaine aux trois quarts éthylique, grand pourfendeur de bachi-bouzouks (ou bachibouzouks) et de boit-sans-soif ; le savant dur d’oreille, qui rêvasse ou papillonne parmi les athanors, cornues et autres récipients tarabiscotés de son laboratoire ; les frères siamois, ces barbouzes qui, faute d’avoir collé les poucettes à l’infâme desperado (ou despérado), s’emberlificotent dans une tirade tout empreinte de psittacisme ; le majordome stylé, lequel sert, d’une main sûre, picholines et daiquiri ; la prima donna stéatopyge, qui pleure sa verroterie tout en peaufinant ses appoggiatures (ou appogiatures) ; l’assureur maison, dont le baratin logorrhéique entre à grand-peine dans les phylactères usuels ; sans omettre le mâtin du héros — plus vraisemblablement un fox-terrier, attendu la taille de l’intéressé — qui, vaille que vaille, escorte son maître.

Merci mille fois, chers amis d’outre-Quiévrain, pour cet univers impitoyable, jusque sur le plan orthographique !

Explications :

Coolie : travailleur manuel en Extrême-Orient.
Faix : fardeau, charge.
Sherpa : guide des expéditions d’alpinistes dans l’Himalaya.
Pithécanthrope : hominidé fossile découvert à Java, de l’espèce « Homo erectus ».
Epeire diadème : araignée à l’abdomen très développé.
Transylvain : de Transylvanie, région de la Roumanie.
Bachi-bouzouks : le mot s’appliquait à un soldat irrégulier de l’armée ottomane. 
Athanor : fourneau d’alchimiste.
Poucettes : chaînettes à cadenas qui servait à attacher ensemble les pouces d’un prisonnier.
Psittacisme : répétition mécanique de phrases, de formules par un sujet qui ne les comprend pas.
Picholine : petite olive que l’on consomme généralement verte ou marinée, en hors d’œuvre.
Daiquiri : Punch au rhum blanc.
Stéatopyge : qui a de très grosses fesses.
Appoggiatures : le mot s’applique à de petites notes d’ornement, étrangères à l’accord ou à la note qu’elles précèdent.
Logorrhéique : qui se caractérise par un flot de paroles.
Phylactères : ballons, bulles dans une bande dessinée.
Mâtin : chien massif et trapu.
Quiévrain : commune de Belgique à la frontière française.

Spectacle de Frédéric Zeitoun le 8 mars à 20h

Frédéric Zeitoun donnera une conférence ludique et interactive de 45 minutes sur les petites anecdotes de la chanson française.
Celle-ci sera immédiatement suivie d’un concert de 45 minutes issu de son spectacle « En Chanteur ». Il sera accompagné du guitariste Bruno Bongarçon.
Entrée gratuite uniquement sur réservation au : 06-73-15-94-66